La souffrance au travail, une figure du mal contemporain
Matinée organisée par le groupe scientifique FIMMPIC de la SBP/BVP
Vendredi 29 mai 2026
Maison de la Société Belge de Psychanalyse, 49 rue Émile Claus à 1050 Bruxelles
avec Christophe Dejours et Christophe Demaegdt
Diffusion hybride et accréditation en éthique demandée
Comment les nouvelles formes d’organisation du travail, une des figures du mal contemporain, infiltrent t-elles le fonctionnement psychique individuel et collectif des professionnels, dans des situations aussi différentes que celles des entreprises et des institutions? La compréhension du travail du soldat à la guerre, exemplatif de la souffrance éthique, des clivages et de la servitude volontaire nous aidera à comprendre les souffrances actuelles dans l’univers du Travail.
TRAVAIL DU GUERRIER ET SOUFFRANCE AU TRAVAIL
Pour penser l’actualité de phénomènes tels que l’accroissement de l’injustice sociale, la violence ou la guerre, la psychanalyse a formulé certaines propositions conceptuelles originales dans le champ intellectuel et scientifique. En repartant de l’analyse développée par Freud lors de la première guerre mondiale autour des névroses de guerre, il s’agira de reprendre et renouveler certaines propositions en privilégiant l’analyse du travail. En effet, faire la guerre suppose de travailler, c’est-à-dire de mobiliser son intelligence, son corps, et l’entièreté de sa subjectivité au service d’une activité sociale ayant une certaine valeur. Pour le soldat comme pour le clinicien, l’artisan, l’enseignant, le manager,…, en travaillant, celui ou celle qui engage sa subjectivité en ressort transformé. Pour le meilleur comme pour le pire. Accorder une place à la souffrance au travail et à ses destins permet de penser à nouveaux frais la violence des transformations sociales en régime néolibéral et ses effets dévastateurs.
DU CLIVAGE DU MOI À LA MENACE D’EFFONDREMENT DE LA CULTURE
En repartant de la discussion des névroses de guerre présentée par Christophe Demaegdt, j’amènerai quelques éléments caractéristiques de la situation actuelle dans le monde du travail, à savoir : le tournant gestionnaire, la gouvernance par les nombres et le néo-libéralisme. Puis, j’envisagerai les rapports entre l’organisation actuelle du travail et la souffrance au travail résultant de l’introduction de nouveaux dispositifs mis en œuvre par les gestionnaires pour former le néo-management.
J’essayerai ensuite de rendre compte des raisons du succès mondial du tournant gestionnaire et de la faiblesse des réactions collectives et politiques contre ce dernier.
Ce qui me conduira à discuter la part de ce succès qui revient à la servitude volontaire et au clivage du moi qui lui correspond.
Pour terminer, j’introduirai une discussion sur le destin réservé à la sublimation dans le néo-management et ses conséquences dans l’émergence de la souffrance éthique d’une part, dans les risques de ruine de la culture d’autre part.
